Watches 2024 - en cours

La série Watches(2024 – en cours) trouve son origine dans la découverte d’une boîte contenant des photographies argentiques déjà imprimées, au format carte postale, probablement issues de l’archive d’un revendeur ou d’une petite boutique. Ces images, que l’artiste a trouvées abandonnées dans un centre commercial à proximité de son atelier à Genève, présentent des montres photographiées sur des fonds colorés, dans un style proche de la photographie de catalogue ou de documentation commerciale. Leur couleur, du orange au marron, souvent frontale et uniforme, confère aux images une présence visuelle immédiate, presque agressive, renforcée par la répétition du motif de la montre, toujours centrée, isolée, comme destinée à être regardée, comparée, achetée.

Ces images ne sont cependant pas réactivées comme de simples documents. Alfredo Aceto les scanne puis intervient numériquement sur leur surface par des opérations de collage et de superposition. Les outils numériques qu’il utilise produisent volontairement des effets visibles, parfois datés, presque obsolètes, comme si l’image avait été retravaillée avec des technologies appartenant déjà à une autre époque. Ce décalage technologique volontaire éloigne son travail des images parfaitement lisses produites aujourd’hui par des logiciels de plus en plus performants ou par l’intelligence artificielle. Il inscrit au contraire ces œuvres dans une autre temporalité par une esthétique de l’image retravaillée, transformée, rejouée.

La marque de montres représentée dans ces images (Robergé, Genève) constitue un autre élément central du projet. Acteur de la haute horlogerie avant de rencontrer des difficultés financières au début des années 2000, cette marque aujourd’hui largement oubliée appartient à une histoire parallèle de l’horlogerie suisse, loin des grandes maisons de luxe dont les images circulent massivement. En réactivant ces photographies de catalogue, Aceto ne travaille pas seulement avec des images trouvées, mais avec tout un imaginaire lié à la valeur, au luxe, à la précision suisse et à leur représentation visuelle.

Le choix de produire ces images sur papier baryté contrecollé sur dibond est à cet égard significatif. L’image cesse d’être un simple document pour devenir un objet rigide, presque un panneau, situé entre photographie et sculpture. À la manière de Louise Lawler ou de Wade Guyton, pour qui l’image imprimée, la surface et l’objet final font partie d’un même processus, Alfredo Aceto travaille sur l’appropriation. La série Watches met en place un système de déplacements où la valeur de l’objet, la valeur de l’image et la valeur de l’œuvre ne sont jamais fixes mais toujours liées à leur contexte de présentation, de reproduction et de circulation.

Texte de Jean-Rodolphe Petter
À consulter dans son intégralité ici.