Campanula 2022 - en cours

La série Campanula (2020 – en cours) introduit de manière plus directe des éléments biographiques, à l’instar de travaux antérieurs. Cet aspect parfois absent des préoccupations de l’artiste, revient régulièrement au fil des séries et réflexions en cours. Le titre, qui est aussi le nom latin d’une fleur en forme de cloche, renvoie à la forme centrale de ces sculptures : des cloches (ou sonnette de comptoir) insérées dans des structures en polyuréthane ou en bois, parfois réalisées à partir de matériaux récupérés. Si la cloche est traditionnellement un objet sonore, elle apparaît ici comme une rotule, un œil, un organe. L’objet sonore devient ainsi un objet visuel.

Ce déplacement est lié à l’expérience personnelle de l’artiste, qui explique ne pas avoir développé de sensibilité particulière pour la musique durant l’enfance, en raison d’une forme d’amusie. Pour celleux qui en souffrent, la musique devient un langage étranger, incompréhensible, voire dérangeant. Cette relation ambiguë au son traverse l’ensemble de la série. Les sculptures sont activables, mais elles le sont rarement. Le public de l’art restant généralement à distance, témoignage d’une rencontre entre deux pathologies. Le son existe alors à l’état de possibilité, comme quelque chose qui pourrait advenir mais qui reste suspendu.

L’origine formelle de ces sculptures remonte à une expérience vécue par l’artiste durant son adolescence, dans un internat en Italie. Pour éviter que les enfants ne se blessent, certains poteaux étaient recouverts de mousse de protection bleue. Aceto raconte avoir sculpté cette mousse avec ses ongles, de manière presque compulsive. Les premières formes de cloches apparaissent à partir de la matière, par soustraction. Les sculptures actuelles conservent la mémoire de ce geste initial. Si les matériaux ont changé (bois, métal, cloches), le principe reste le même : insérer une forme dans une autre, faire apparaître un organe dans une structure.

Cette économie de moyens et cette attention portée aux matériaux pauvres rapprochent la série Campanula de réflexions entreprises par Louise Bourgeois, Rebecca Horn ou Jannis Kounellis, où la sculpture n’est pas conçue comme un objet autonome mais comme une trace, la mise en forme d’une mémoire ou l’activation d’un objet. Chez Aceto, cependant, cette dimension biographique ne se traduit jamais par un récit direct. Elles en conservent plutôt la trace, sous forme d’objets silencieux, à la fois organiques et mécaniques, qui semblent hésiter entre la prothèse, l’instrument et la sculpture.

Texte de Jean-Rodolphe Petter
À consulter dans son intégralité ici.