Poussières, Tombeau de Chladni 2001

Poussières, tombeau de Chladni

Mon intérêt pour les figures de Chladni vient de ce qu’elles se prêtent à former des images autonomes et constituent par là un élargissement du champ sémantique de mon travail. En effet, toute figure est strictement liée à la structure physique d’un support mis en résonance (format, densité…) et divise le plan selon les paramètres conjoints d’une hauteur de fréquence et d’une grille de proportion.
Cette qualité devient prépondérante lorsque se superposent les figures. Elle confère alors à l’image une vertu symbolique. L’image, tout en témoignant de ses propres conditions d’émergence, nous parle d’autre chose, par exemple des liens harmoniques existants entre un ensemble et ses parties.
Il y a, exprimé dans les résultats que j’obtiens, une transcendance de la loi matérielle. Je ne soumets pas le matériau à une émission de fréquence dans le but de distinguer les paramètres constitutifs de l’expérience, mais au contraire, par une opération esthétique qui oblitère la lisibilité de ce pur constat, je cherche à mettre en évidence un faisceau d’indices qui font basculer l’image du champ objectif à un champ imaginaire.

Philippe Deléglise, automne 2004 

« Avec Poussières-Tombeau de Chladni, 2001, le Genevois Philippe Deléglise (1952) poursuit son engagement de plus en plus déterminé dans le travail de la gravure. Cet album de cinq aquatintes tire parti des oscillations qui se diffusent sur une lame d’acier que l’artiste fait vibrer au moyen d’un archet d’alto frotté sur la tranche. Si l’archet produit des sons, nets ou aigus, il organise aussi et rend visible en “lignes de forces”, redoublées comme en miroir, la poudre de collophane répandue sur la surface plane. Le grain est rejeté des régions de la plaque où l’amplitude des vibrations est grande et se concentre là où l’amplitude vibratoire est faible. Ces lignes ventrales (vides ou négatives) et nodales (pleines ou positives) tracent de véritables dessins, plus ou moins géométriques. Il suffit de mordre l’aire ainsi grainée et de jouer des superpositions de figures distinctes que l’on peut diriger, selon les points d’attaque de l’archet ou d’immobilisation de la plaque, suivies de nouvelles morsures. C’est vraisemblablement la première fois qu’un artiste traduit sur un plan esthétique, en relation avec sa propre vision, les recherches sur la propagation des ondes sonores dans les solides menées par le physicien allemand Ernst Chladni (1756-1827) - d’où le titre - qui étudia le premier les cordes vibrantes et imagina la visualisation des modes de vibration des structures. »

Rainer Michael Mason, Genève, 2002
(repris in Musique en vue, 2002, URDLA, Villeurbane)

TRAVAUX LIÉS

Impressions 2002

A partir de 2002, pour les portfolios Impressions puis Interférences (2003), pour la suite d’états Klang (2005) et pour les éditions en couleurs Terzett (2006) et Triade (2007), les planches sont en cuivre et elles sont vibrées à l’aide d’un générateur d’ondes sinusoïdales et de pots vibrants. Ces travaux ont bénéficié de la collaboration de l’école d’ingénieurs de Genève, en particulier de l’aide précieuse et de la confiance du professeur d’acoustique appliquée Antoine Pittet.

Peintures et aquarelles

DOCUMENTS ET ÉTUDES

Pooussières et impressions

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