Interférences 2003

Interférences, 2003


Pour réaliser les matrices d’Interférences, les planches de cuivre saupoudrées de résine avaient été travaillées à l’aide de deux générateurs d’ondes sinusoïdales, chacun émettant une fréquence différente. Un jeu sur la différence de la puissance d’émission amenait une des deux fréquences à prendre l’ascendant sur l’autre, sans pour autant que son empreinte sur la planche soit totale. En effet, chaque fois que les figures provenant de deux sources distinctes se rapprochaient ou se croisaient, la figure la plus forte s’en trouvait déviée ou interrompue. Dans cette configuration, la grille linéaire que représente une figure de Chladni devient lacunaire, l’épaisseur du trait varie et évoque les pleins et les déliés d’un tracé à la main.

Les aquarelles de Montagnes et Eaux reprennent le principe mis en oeuvre dans ce portfolio: à savoir la modification d’une forme dominante par une forme secondaire discrète. Ces aquarelles comportent en réalité six figures. Trois d’entre elles sont peintes à l’eau claire et créent sur le papier des zones humides qui provoquent localement, par un effet de dispersion des pigments, l’effondrement des figures peintes ensuite.

Une simplification de ce processus amène la série Rêves de Li Po: le nombre des figures mises en jeu y est réduit alors que le jeu sur la gravité et le ruissellement de l’eau est plus complexe.


Dès 2016, les aquarelles des deux séries Montagnes et Eaux et Rêves de Li Po ont servi de modèles pour des peintures. La réalisation de ces peintures reprend, dans un premier temps, la modélisation linéaire des figures qui sous-tendent les aquarelles. L’alternance accrochage/diffusion, exprimant l’instabilité propre à l’usage de l’eau, y est traduite par le couple saturation/dilution, plus conforme à la plasticité de la peinture à l’huile. Dans un second temps, les effets de concentration ou de migration pigmentaire sont l’occasion d’établir un répertoire d’équivalences par des procédures et des gestes typiques du nouveau médium. L’intérêt de ces transpositions se trouve dans une abstraction au second degré qui renouvelle pour moi une méditation sur les rapports entre la forme et l’informe, impliquant la structure, le geste et la trace. C’est encore l’occasion, sous l’autorité d’un modèle validé par l’expérience, de jeter un pont de la trace au signe, du performatif à l’iconique.

Philippe Deléglise, Rêves de Li Po, Galerie Anton Meier, 2018 (extraits)

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